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Ouvrir ses portes un vendredi des Journées du Patrimoine, c’est facile et ça marche. Le problème, c’est que six mois plus tard, plus personne ne s’en souvient. Une visite réussie une fois ne fait pas une offre touristique. Pour ça, il faut penser structure, équipe, expérience et, surtout, rentabilité.
Nous avons eu le plaisir d’être l’invitée du podcast Adopter les bonnes pratiques, produit par Explore Grand Est Académie, pour parler justement de ce sujet : comment passer d’une visite ponctuelle à une offre pérenne. Voici ce que nous avons partagé.
Visite occasionnelle ou visite pérenne : ce n’est pas le même métier.
Une visite d’entreprise, c’est montrer son entreprise en activité, son processus de fabrication, son savoir-faire, à un public donné. Mais il y a une vraie différence entre deux logiques.
L’occasionnelle s’appuie sur des temps forts nationaux : Journées du Patrimoine, Journées Européennes des Métiers d’Art, Semaine de l’Industrie. On ouvre une fois, ponctuellement.
La pérenne, c’est un choix stratégique. On décide de faire de la visite d’entreprise une activité à part entière, toute l’année. Et ça change tout : ça devient une nouvelle activité de l’entreprise, avec sa propre organisation.
Une nouvelle activité, donc une nouvelle organisation.
Se lancer dans le pérenne, c’est accepter de changer un peu de casquette : d’une entreprise qui produit, on devient aussi un acteur du tourisme. Concrètement, ça implique :
- de dédier une équipe (ou a minima une personne) aux visites
- d’informer les ateliers de production, pour que les collaborateurs ne se sentent pas comme des bêtes de foire, mais comme de véritables acteurs du projet
- de clarifier, avant tout, l’objectif stratégique de la démarche
Ce n’est qu’une fois cette question posée que le reste, parcours, tarif, communication, peut se construire.
Avec l’Agence Régionale du Tourisme, nous avons mis en place une étude de faisabilité de votre projet de visite d’entreprise. Pour en savoir plus, contactez-nous dès maintenant -> candice@savoirdici.fr
Combien ça rapporte, concrètement ?
Une visite d’entreprise pérenne représente en général 5 à 10 % du chiffre d’affaires global. Deux sources de revenus se combinent : le prix de la visite elle-même, et les ventes en boutique, la visite se terminant très souvent par un passage en boutique.
Le tarif moyen d’une visite en France est de 9,50 € TTC, mais il dépend surtout de vos objectifs. Une confiserie peut se permettre une visite peu chère, sachant que les visiteurs achèteront facilement à la sortie. Un joaillier, en revanche, a intérêt à valoriser davantage le prix de la visite elle-même : ses produits sont trop onéreux pour générer un achat impulsif.
Trois objectifs qui justifient d’ouvrir ses portes
- Développement commercial : nouvelle source de revenus, vente directe, fidélisation par une expérience de marque unique
- Notoriété et image de territoire : permettre aux habitants comme aux touristes de proximité de découvrir ce qui se passe derrière vos murs
- Marque employeur et recrutement : valoriser les métiers de vos collaborateurs pour susciter des vocations et attirer de futurs talents.
Par où commencer ?
Construire son réseau touristique
Première étape, avant même de penser au parcours de visite : développer son réseau. Contacter l’office de tourisme le plus proche. Se rapprocher des autres entreprises qui ouvrent déjà leurs portes dans le coin. Nouer des liens avec les hôtels, les restaurants, les autocaristes.
Pourquoi ? Parce qu’un visiteur qui découvre un fabricant de chaussures le matin aura naturellement envie de visiter une confiserie l’après-midi. Cette envie de « découvrir un savoir-faire français » se construit collectivement, à l’échelle d’un territoire.
Désigner (et former) son guide
Non, ce n’est pas au chef d’entreprise d’animer les visites. C’est un vrai métier, qui doit être confié à quelqu’un, souvent la personne en charge de la boutique d’usine, qui a tout intérêt à booster son chiffre d’affaires, ou les équipes marketing-communication. À défaut, un ancien collaborateur en fin de carrière, qui connaît l’entreprise sur le bout des doigts, est souvent la personne la plus légitime pour porter ce rôle.
Cette personne devient bien plus qu’une guide : elle anime, développe et fait vivre l’offre dans la durée. C’est elle qui rend l’opération rentable.
Créer une expérience, pas seulement une visite.
Avant de se lancer, il faut travailler deux choses : le discours et l’expérience.
Le discours, d’abord, parce que vos visiteurs ne connaissent pas votre jargon. Il faut les aider à comprendre, avec des mots simples, ce qui se joue devant eux.
L’expérience, ensuite, en mobilisant tous les sens. Un exemple concret : dans une coutellerie, l’étape du polissage génère beaucoup de poussière. Plutôt que de l’exclure du parcours, on installe une vitre, les visiteurs voient tout, sans en subir les désagréments. Pour les étapes invisibles (une machine fermée, un secret de fabrication), la vidéo prend le relais. Des panneaux scénographiques avec quelques chiffres clés, le nombre d’étapes pour fabriquer une chaussure ou un bonbon, font aussi beaucoup pour l’immersion.
Et vos valeurs RSE ont toute leur place dans le parcours. Montrer que les chutes de bois servent à chauffer l’atelier, par exemple, rassure des visiteurs qui ont parfois une image négative de l’industrie. Et ça, ça compte.
Semaine, week-end, sécurité : les bons réflexes
Le week-end pose une vraie question : les machines à l’arrêt, comment maintenir l’intérêt ? Vidéos et réalité augmentée peuvent pallier l’absence d’activité, mais rien ne remplace vraiment un atelier vivant. Mieux vaut réserver le samedi à des temps forts ponctuels et événementiels plutôt qu’à une visite classique sans âme.
Côté sécurité, tout se pense en amont : identifier les machines à risque, adapter le parcours selon le public accueilli, les enfants, en particulier, demandent une vigilance renforcée. Ce travail conditionne aussi les investissements à prévoir.
Fidéliser : une offre qui doit évoluer.
Pour donner envie de revenir, l’offre ne doit jamais rester figée. Deux leviers fonctionnent bien :
- Les visites thématiques, avec l’intervention ponctuelle d’un expert extérieur, l’histoire d’un produit, par exemple, qui permettent d’allonger la visite et d’en augmenter le prix moyen
- Les ateliers de personnalisation, où le visiteur devient un peu artisan le temps d’un instant, et repart avec un objet unique. Particulièrement efficace pour les petites structures
Et si vous n’avez pas de boutique ?
Pas de boutique ne veut pas dire pas de vente. Pour une entreprise en sous-traitance industrielle avec un objectif de recrutement, un showroom pédagogique suffit à valoriser les métiers. Pour du haut de gamme (cuisines, mobilier sur mesure), le showroom permet de montrer l’étendue du savoir-faire, en misant sur un achat différé, le jour où le besoin se présentera.
Dans tous les cas, une offre de remerciement en fin de visite fait la différence : remboursement du prix de la visite à partir d’un certain montant d’achat, bon de réduction, ou code utilisable après coup pour une commande à distance. Autant de leviers de fidélisation, boutique ou pas.
Ce qu’il faut retenir
- On développe son réseau touristique avant de se lancer : offices de tourisme, autres visites d’entreprise, hébergeurs, autocaristes.
- On désigne une personne responsable de l’animation, tout en impliquant l’ensemble des équipes : une visite réussie repose sur une équipe qui y adhère.
- Si l’objectif est la vente, on construit l’astuce qui convertit : prix, boutique, showroom, offre de remerciement.
- On fait évoluer son offre dans le temps : pour fidéliser, il faut renouveler l’expérience.
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Candice Genton
Fondatrice & dirigeante de Savoir d'ici
Experte du Made in France : j'accompagne les artisans et industriels à valoriser leur savoir-faire français.
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